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Martin Fayulu

RDC – Bataille électorale: Tshisekedi l’inexpérimenté, Fayulu le battant et Kabila le grand Gagnant

En République démocratique du Congo, une élection n’est pas un événement décisif, mais une partie d’une lutte sans fin pour conquérir et conserver un pouvoir dans lequel vivre pour combattre un autre jour est aussi important que de remporter un coup de grâce.

Félix Tshisekedi l’inexpérimenté

Sur une demi-douzaine de candidats importants il y a un an, seuls trois sont restés en lice pour la présidentielle passée au Congo. Felix Tshisekedi, déclaré par surprise, vainqueur provisoire du vote présidentiel fort retardé du mois dernier, est le fils de 55 ans du chef de l’opposition le plus respecté du pays, Etienne Tshisekedi décédé en 2017. Cependant, il n’a jamais occupé de hautes fonctions, ni même occupé de poste de direction, et ses qualifications professionnelles belges ont été fortement mises en doute par des détracteurs. Tshisekedi est le dirigeant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le plus ancien et le plus important parti d’opposition de la RDC. Les critiques disent qu’il n’est pas expérimenté et qu’il n’a pas le charisme de son père. «Son père était un homme du pays. Le fils est très limité », a déclaré Valentin Mubake, ancien secrétaire général du parti de Tshisekedi au site Guardian le mois dernier.

En 2008, il est devenu secrétaire national aux relations extérieures et a été élu à l’Assemblée nationale en 2011 en tant que représentant de Mbuji-Mayi, la troisième ville du pays. Il a hérité de la direction de l’UDPS après que Étienne, a passé les 35 dernières années dans l’opposition, mais n’a jamais gagné d’élection, est mort en 2017. Plusieurs personnes se sont ruées dans les rues pour manifester leur joie et appeler Félix Tshisekedi à sauver la nation. Mais la victoire apparente de Tshisekedi est contestée, non pas par le président sortant, Kabila, dont le candidat choisi par lui-même a été vaincu, mais par son rival, l’opposant, Martin Fayulu , qui a terminé deuxième. Les quelques enquêtes fiables sur les intentions de vote avant le scrutin montrent clairement que Fayulu était de loin le favori. Les conclusions de 40 000 observateurs déployés par l’église le jour de l’élection montrent aussi qu’il a gagné.

Martin Fayulu le battant

Fayulu, qui a qualifié le résultat de «coup d’Etat électoral», n’est pas un « fils de »comme Tshisekedi et comme nombreux autres hommes politiques dynastiques du continent. Ancien dirigeant d’entreprise et vétéran de la politique depuis 30 ans, il s’est taillé une réputation de brave, honnête et efficace. Plus important encore peut-être, il a également le soutien des poids lourds politiques comme Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, tous deux contraints à l’exil effectif à l’étranger et incapables de participer aux élections. «Fayulu est venu très rapidement de presque nulle part pour devenir le champion de ce grand peuple, mais on ignore s’il dispose de la grande organisation et de la profondeur du soutien dont il a besoin maintenant. Nous sommes sur le point de le savoir », a déclaré Ben Shepherd, expert de la RDC à Chatham House à Londres.

Kabila le Gagnant

Le vrai gagnant peut être le président sortant. Kabila, âgé de 47 ans, a pris le pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père Laurent et n’a cédé qu’à contrecœur aux pressions des puissances régionales pour la tenue d’élections. Il a été presque forcé de se tenir à la limite de deux mandats comme l’indique la constitution du pays. Kabila n’a pas caché ses ambitions politiques permanentes, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux analystes affirment que les déclarations de Fayulu selon lesquelles Tshisekedi aurait conclu un accord avec l’ancien dirigeant de la RDC pourraient bien être plus que des raisins acides. Beaucoup ont noté que la campagne de Fayulu avait subi beaucoup plus de harcèlement que celle de Tshisekedi et que la rhétorique de ce dernier à l’égard d’anciens adversaires (dont Kabila) avait subi un changement radical ces derniers jours.

Le camp de Tshisekedi a reconnu avoir été en contact avec les représentants de Kabila depuis le vote, mais a nié l’existence de tout accord et déclaré que les pourparlers visaient à assurer une transition pacifique. « Ce n’est pas un mauvais résultat pour le parti au pouvoir », a déclaré Stephanie Wolters, analyste à l’Institute for Security Studies, en Afrique du Sud. «Cela signifiera un atterrissage en douceur pour Kabila. Avec Tshisekedi, ils ne doivent rien abandonner. Kabila est bien parti et l’élite doit rester dans les parages », explique-t-elle, peut-être pour dire que même dehors et avec quelqu’un comme Tshisekedi au pouvoir, Kabila n’est pas bien loin.

RDC : « Je ne me laisserai pas voler ma victoire », assure Martin Fayulu

L’opposant Félix Tshisekedi a été proclamé vainqueur de la présidentielle, mais l’autre opposant arrivé deuxième conteste. Martin Fayulu appelle le peuple congolais à « se réveiller ».

Félix Tshisekedi a été proclamé, mercredi soir, vainqueur de l’élection présidentielle qui s’est tenue le 30 décembre 2018 en République Démocratique du Congo. Une victoire a été aussitôt contestée par une partie de l’opposition et mise en doute par la France, ce jeudi matin. « Il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là », a déploré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sur la chaîne d’information CNEWS.

Nous avons pu joindre celui que la plupart des observateurs désignaient comme le vainqueur logique de la présidentielle au Congo, reportée trois fois depuis 2016 : Martin Fayulu, crédité de 34,8 % par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), contre 38,57 % à Tshisekedi. La voix posée, sûr de son fait, il prépare la suite avec ses équipes, dans sa maison, située dans la capitale Kinshasa, « à 300 m seulement de celle de Kabila (NDLR : Joseph Kabila, président actuel du Congo, dont il est devenu l’opposant principal) », dit-il, dans un demi-sourire qu’on devine au téléphone.

Tout en dénonçant un « putsch électoral », Fayulu, 62 ans, ex-cadre dirigeant du groupe pétrolier ExxonMobil, appelle le « peuple congolais à ne pas se laisser voler sa victoire ».

Comment jugez-vous les résultats de la présidentielle proclamés par la Céni ?

MARTIN FAYULU. Ils sont non conformes à la réalité des urnes, et à ce que les Congolais savent depuis les premiers dépouillements. On me donne 34 % des suffrages, mais après 15 millions de bulletins dépouillés, j’étais déjà à 62 %. Et les deux autres (NDLR : Emmanuel Ramazani Shadary, le poulain du président Kabila, et Félix Antoine Tshisekedi, opposant) à environ 18 %. Les résultats proclamés hier (mercredi) sont complètement trafiqués. C’est un hold-up électoral, personne ici ou à l’étranger n’a le moindre doute là-dessus.

C’est un opposant, Félix Tshisekedi, qui est désigné vainqueur. Comment l’expliquez-vous ?

M. Tshisekedi et le président discutent depuis 2015 ! Il est totalement complice de ce putsch électoral. M. Kabila n’a aucune intention de céder le pouvoir. Il a tenté d’imposer son candidat (NDLR :Shadary), mais partout, on se moquait de lui. Si M. Tshisekedi devient le président, c’est sur un strapontin qu’il s’assiéra. Il sera le faire-valoir de Kabila qui continuera à tirer les ficelles.

Mais je vois autre chose : le président sait très bien que cette élection ne sera reconnue ni dans le pays ni à l’étranger. Le Conseil constitutionnel ne pourra pas la valider et il aura alors beau jeu de l’annuler et, pendant ce temps-là, de rester au pouvoir. Au nom de la stabilité bien sûr… C’est une manœuvre ni plus ni moins, destinée à lui faire gagner du temps. Mais elle n’aboutira pas. Elle tombera comme un château de cartes. Le temps de la dictature où on impose les vainqueurs des élections est révolu. Kabila doit partir.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a demandé à ce que « la clarté soit faite sur ces résultats qui sont inverses à ce que l’on imaginait ». Et en vous vous désignant comme « a priori le leader sortant de ces élections »…

Je remercie le ministre et la France de dire la vérité. Ils vont donner le ton aux Européens. Pas un pays sérieux ne reconnaîtra M. Tshisekedi comme président du Congo. Le peuple congolais est fatigué de toutes ces manœuvres. Il veut que Kabila s’en aille. Sa colère va exploser si la vérité des urnes est bafouée. Les morts, les coups de feu… Cela commence déjà à Kinshasa et ailleurs. Le sang sera versé par la brutalité du camp Kabila. Il portera la responsabilité des violences, comme la Commission électorale.

Vous appelez à quoi ?

Je demande au peuple congolais de se réveiller pour engager le combat et protéger sa victoire. Il veut la paix, mais ne se laissera pas voler. Je demande à l’Église catholique et à l’Église protestante de dire les vrais résultats. Je demande à l’ONU et à l’Union africaine ainsi qu’à tous les leaders du monde de soutenir les Congolais dans leur lutte pour la vérité. Je n’ai aucune intention de me laisser faire.

Craignez-vous pour votre sécurité ?

Je suis un enfant de Dieu, et je m’en remets à lui. J’ai été la cible de plusieurs tentatives d’assassinats, j’ai été battu comme un enfant… alors vous savez, je ne crains pas grand-chose. La peur m’est étrangère en ce moment. J’ai mes gardes avec moi. Et tout le peuple congolais.

Qu’allez-vous faire ce jeudi ?

C’est en discussion, mais il est fort probable que je sorte dans la rue, pour montrer à M. Kabila et au monde que les Congolais se lèvent en masse, et refuseront de se laisser pas voler. Ce sera un bon test, ces foules qui m’accompagneront !

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Kindu, Lubumbashi, Kalemie: en RDC, la campagne de Fayulu émaillée d’incidents

Depuis trois jours, les rassemblements de l’opposant Martin Fayulu sont perturbés. Ce mercredi matin de nouvelles tensions ont éclaté lors de l’arrivée de Martin Fayulu à Kalemie, dans le sud-est du pays. Il a été accueilli par des milliers de partisans que la police a tenté de disperser. Au moins une femme a été tuée.

Après les échauffourées de dimanche à Kindu, le candidat de la coalition Lamuka a été empêché de tenir un meeting mardi à Lubumbashi. Son cortège a été visé et des milliers de ses partisans ont été dispersés violemment. Selon nos informations, le bilan est de deux morts, non confirmés par la police.

Ce mercredi 12 décembre, Martin Fayulu a poursuivi sa campagne dans le sud-est et est arrivé à l’aéroport de Kalemie, dans la province du Tanganyika, vers 10h30 locales. Lui et ses partisans étaient sur la route principale qui mène vers le centre-ville où il devait tenir un rassemblement politique quand son cortège a été bloqué par des partisans de la majorité présidentielle, certains portant des tee-shirts du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). On ne connait pas le nombre exact de ces partisans, on parle de plusieurs dizaines.

Parmi eux, se trouvait le vice-gouverneur de la province Ali Omari Simukinje, un pro-Kabila, ainsi que des forces de police. Le ton est monté entre partisans de Fayulu et ceux qui tentaient de les empêcher d’aller en ville. La police a tiré des coups de feu pour disperser la foule. Il y aurait au moins un mort – une femme – peut-être deux, et plusieurs blessés.

Martin Fayulu a réussi à prendre une autre route pour atteindre le stade Benda dans le centre ville où il a tenu son meeting politique pendant une trentaine de minutes. Puis il a fait demi-tour, direction l’aéroport puisqu’il doit se rendre à Kolwezi. A 16h locales, il était toujours coincé à Kalemie. Selon lui, les autorités l’empêchent de se rendre à Kolwezi pour poursuivre sa campagne.

Le ticket Tshisekedi-Kamerhe s’exprime sur Lubumbashi

En tournée à Béni ce mercredi, le duo d’opposants formé de Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi ont réagi aux évènements circonvenant autour de la campagne de leur rival de Lamuka, notamment au meeting empêché de Lubumbashi. Ils condamnent « de la manière la plus ferme le fait d’empêcher un Congolais quel qu’il soit d’exercer son droit de s’exprimer et de surcroît en cette période de campagne où nous n’avons pas cessé d’appeler à la sécurisation des acteurs politiques et plus particulièrement des candidats présidents. La démocratie implique notamment la liberté de manifester et de s’exprimer ce que le régime actuel dénie aux opposants et c’est inacceptable ! C’est pourquoi nous devons aller aux élections et apporter un changement notable au peuple congolais c’est ce que fera l’équipe FatshiVit. »

Enfin, la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en RDC, Leïla Zerrougui, se dit « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale en République démocratique du Congo. » Elle dénonce dans un communiqué « le fait que certains candidats de l’opposition rencontrent de nombreux obstacles pour tenir des réunions publiques dans certaines villes du pays, comme cela a été constaté ces derniers jours à Kindu et à Lubumbashi et, aujourd’hui, à Kalemie. »

Mme Zerrougui « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents. Elle rappelle qu’il incombe à l’Etat d’assurer la sécurisation du processus électoral en faisant preuve de neutralité et de retenue dans l’utilisation de la force et en respectant les principes de nécessité, proportionnalité et légalité. »

Ce matin, le cheffe de la Monusco réagissait sur RFI aux événements de Lubumbashi, rappelant que « le gouvernement a la responsabilité du maintien de l’ordre, de laisser l’espace à ceux qui s’expriment », appelant « la majorité et l’opposition à la sagesse » et gardant espoir d’« aller vers des élections apaisées ».

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Martin Fayulu mobilise à Bukavu sous la pluie pour sa campagne électorale

Après le rendez-vous manqué de Kindu dans la province du Maniema, le candidat de la coalition Lamuka est arrivé en début d’après-midi du lundi 10 décembre à Bukavu.

Malgré la pluie qui s’est abattue dans le chef-lieu de la province du Sud-Kivu, ils étaient des centaines à s’être déplacés pour accueillir Martin Fayulu.

A noter qu’après le Sud-Kivu, l’équipe de campagne du candidat président n°4 va s’envoler pour Lubumbashi.

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Elections en RDC : Katumbi et Bemba se tiennent au côté de Fayulu

Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi et Adolphe Muzito ne se désisteront pas. Ce jeudi, ces cadres de l’opposition congolaise et membres de la coalition Lamuka, ont réaffirmé tout leur soutien à Martin Fayulu, candidat qu’ils ont désigné le week-end dernier comme porte-étandard de l’opposition à la présidentielle du 23 décembre.
“Nous avons confiance en Martin Fayulu, un véritable soldat du peuple dont le cursus, l’expérience et l’engagement sont avérés. Nous croyons en sa capacité de remporter l’élection présidentielle”, ont-ils déclaré dans un communiqué à l’issue d’un conclave à Bruxelles, promettant de tout mettre en œuvre pour assurer la victoire à leur candidat.
Cette profession de foi et concert de louanges à l‘égard de Martin Fayulu sonne comme une réponse cinglante aux opposants Félix Tshisekedi de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, principal parti d’opposition) et Vital Kamerhe de l’Union pour la nation congolaise (UNC). Ces derniers ont en effet décidé de se retirer de la coalition Lamuka, reniant de facto la désignation de M. Fayulu comme unique candidat de l’opposition.
Opposition contre opposition
Depuis, Kinshasa bruite d’accusations contre MM. Tshisekedi et Kamerhe, taxés de “traîtres” qui ont brisé l’espoir de voir éclore pour la première fois une coalition de l’opposition dans le cadre d’une élection présidentielle.
Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba et Adolphe Muzito gardent cependant espoir que la coalition reprenne de plus belle. “Nous les appelons à revenir à la raison et à se conformer à la volonté du peuple congolais qui n’a jamais cessé d’appeler à l’unité de l’opposition”, ont-ils ajouté.
Les dissidents répondront-ils à l’appel ? Rien n’est moins sûr. Mercredi, Félix Tshisekedi, qui se trouvait en Europe après son retrait de l’accord, a répondu au feu roulant des critiques, affirmant que : “Nous avons été grugés, j’ai le sentiment d’avoir été trahi”. Il a annoncé son retour en fin de semaine, mettant au défi quiconque douterait de la mobilisation de ses partisans.
La bataille à la présidentielle congolaise est lancée. Et les acteurs se font de plus en plus nombreux.